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LE MOURIDISME : UN TAILLEUR QUI TRAVAILLE SANS BRUIT

dimanche 10 mars 2013, par Administrateur

Combien sommes-nous, les sénégalais qui tirent sur tout ce qui bouge sans au préalable une once de recherche ou de réflexion ? Que de fois, par manque de vigilance, l’âme a-t-elle été envahie par des défauts qui se sont incrustés en elle, et ont miné son succès. Quand l’homme devient esclave de son âme ignorante, il tue en lui-même l’amour de la vertu, et devient la proie de ses différents penchants et passions qui le frustrent du bonheur et de ses joies. Il demeure aussi privé de toute orientation morale.

Je ne suis pas défenseur du mouridisme. Je ne fais que vous relater quelques faits chronologiques qui émergent de mon modeste vécu pour donner raison à un grand timonier chinois Mao Tsé-Toung : « La vérité doit s’inspirer de la pratique. C’est par la pratique que l’on conçoit la vérité. Il faut corriger la vérité d’après la pratique. »

Avant 2004 : Choc des cultures ?... non, erreur de casting

Né à Ziguinchor, la plupart de mes amis et moi-même avions une définition assez erronée du mouridisme. Autant les casamançais sont en général considérés au nord comme étant tous indépendantistes, autant le mouridisme peine quelque peu à se faire accepter dans certaine partie de cette contrée sud du Sénégal. J’impute ces écarts de considération à une erreur de casting. Les plus prompts à donner leur opinion sur l’un ou l’autre des sujets sont généralement les moins aptes à le faire. Lorsque, enfant, un ami de la famille m’expliquait que le mouride, c’est ce Baye Fall portant son gourdin, qui mendie d’une maison à une autre avec tous les qualificatifs désobligeants qui vont avec. Qu’un de mes amis de l’UCAD, à l’aube de mes 23 ans, ose me demander quel comportement adopter face aux animaux sauvages la nuit à Ziguinchor. Je comprends aisément qu’il nous reste beaucoup de clichés à reconsidérer car la pellicule n’est plus à l’ordre du jour. Le réveil s’impose.

Octobre 2004 – Juillet 2006 :Il n’est pas Baye Fall et pourtant il est mouride

Il s’appelle SSN. J’ai eu le temps de rencontrer des mourides auparavant mais son cas est tout autre. Il vendait des effets de toilettes en dehors des heures de cours pour se payer lui-même sa scolarité. Il lui arrivait de n’être pas payé par ses clients (étudiants, élèves, professeurs, etc.) et pourtant son sourire n’en souffrait pas pour autant. Il me disait : « Travailler sur la voie de Serigne Touba donne des bienfaits insoupçonnés ». A chacun de ses voyages pour Touba, il nous disait qu’il prierait pour toute la promo. Ce que nous ne manquions pas de répondre par un sourire narquois. Nous réussîmes au BTS. Il travaille actuellement dans une institution financière, ne manque pas de donner de ses nouvelles et pourtant il a un salaire 10 à 15 fois inférieur. Sa citation : « l’argent n’est pas une fin mais un moyen ». Cet élan solidaire se voit encore entre mourides. Qui dit ou voit mieux ?

Novembre 2006 – Juillet 2008 :Le mouridisme, une matière en classe

Déjà en classe pour le début des cours, je la vis entrer. Elle, je l’appellerai Mousso. Quelques semaines de cours nous suffisaient pour prendre le poult de nos différentes personnalités. Je n’ai véritablement pris conscience de ma rencontre que lorsque je lu la citation de François Duc de la ROCHEFOUCAULD : « Rien n’est plus rare que la véritable bonté ; ceux mêmes qui croient en avoir n’ont d’ordinaire que de la complaisance ou de la faiblesse ». Oui...elle était rare mais... elle était aussi mouride. Je savais Dieu architecte mais je n’avais encore jamais rien vu de telle : belle, tête bien faite, patiente avec une capacité d’écoute à défier le silence et de surcroît, discrète dans ses prises de parole comme dans son habillement. Oui chers amis je n’exagère rien...Mieux, elle me fit remarquer qu’elle entendait devenir encore plus mouride (ce n’était pas assez à son goût !!!)... quoi ? Non me dis ai-je. « Quand le destin veut te jouer un mauvais tour, il te fait rencontrer une belle femme ». Me faisait-elle marcher ? Oooh que non car au cours de nos deux années de fréquentation le mouridisme devint plus qu’une matière pour moi. Nos discussions et ses agissements finissent par me convaincre d’un fait : « A chacun son domaine : là où va le cheval, la pirogue ne glisse pas. » L’érection d’un immeuble fait peut être appel à des compétences multiples et variées mais ce n’est pas pour rien que l’architecte émerge du lot. Lorsque la chance vous est donné de rencontrer un vrai mouride chers amis, évitez de vous distraire et contemplez le chef d’œuvre de Ahmad ibn Muhammad ibn Habib Allah.

Octobre 2008 : Le mouridisme s’invite dans mon avion

Ayant usé mes fonds de culottes sur les tables-bancs au Sénégal, la « chance » me sourit enfin. Je dois poursuivre mes études dans une université parisienne. Cool mais...problème !!! Je ne connais personne, qui puisse m’héberger, dans cette ville. Dans l’avion, je fais la connaissance de Baye. Nous discutâmes tout au long du vol et je lui fis part de ma situation. Une fois à Paris, il prît la peine de rester avec moi plus de 3 bonnes heures jusqu’à ce je trouve enfin un nid d’accueil dans le 93. Il prit congé non sans me prodiguer quelques conseils et me fit part de son emploi du temps encore chargé !!! (Il devait déposer des colis au siège d’une association où il était membre). Vous avez compris... il était mouride et l’association a l’habitude d’héberger des gens en attendant des jours meilleurs. « Nous sommes des mourides nous avons l’habitude. C’est ce que veut Serigne Touba » me lança t-il enfin.

Aujourd’hui que je travaille dans le Conseil et la Consultance. Je vais d’un site à un autre et je fais des rencontres plus étonnantes les unes que les autres. Les rares sénégalais que je retrouve sur mes lieux d’affectation, s’ils sont mourides, se comportent en véritables gentlemen et ne perdent jamais l’occasion de proposer leur aide.

J’en déduis que les mobiles incitant l’homme à nuire à ses semblables traduisent une sorte de complexe d’infériorité, de bassesse du caractère qui empire avec la fatuité, l’orgueil et la vanité et qui est cause de beaucoup d’erreurs. Les moqueurs consacrent leur temps à penser sur des sujets rejetés par la raison. Ils se dépensent à épier les actes de leurs concitoyens, dans l’espoir d’y dénicher des points faibles à dénigrer et à critiquer, croyant pouvoir porter atteinte à leur rang et à leur notoriété. Ce faisant, ils manquent l’occasion de porter un regard critique sur eux-mêmes, et s’écartent ainsi du droit chemin de l’émancipation de soi.

Le mouridisme ne se défend pas. Tel le temps, son expérience a un caractère incontournable. Il fait partie des réalités qui ne dépendent pas de nous, mais qui s’imposent à tout le monde d’une manière propre que l’on reconnaît par l’utilisation d’un vocable commun : une réalité objective.

La dignité de l’homme est tributaire de ses actes, et quiconque tente de nuire à celle d’autrui, met en péril la sienne. Chers amis, le mouridisme est un tailleur qui travaille sans bruit. Rhabillez-vos rancœurs sinon il s’en charge. En plus....il est très au fait des nouvelles tendances.


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